Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Les rituels de la Fondation Opale

À Crans-Montana, l’altitude favorise le dialogue de l’art avec les esprits. Transcendance et spiritualité oblige, le trio des commissaires, le Français Jean-Hubert Martin, le Bruxellois et Belge Georges Petitjean ainsi que le Hollandais anversois Tijs Visser (ex-rédacteur en chef de Janus, magazine d’art belge), nous convie devant des œuvres de cultures du monde entier, qui oscillent entre l’architecture sacrée, l’objet cérémoniel et l’artefact habité par quelques esprits.

D’entrée, trois œuvres-autels croisent trois cosmogonies. Le premier, un autel tibétain avec ses bols d’offrande, ses stoupas et mandalas, se relie au bouddhisme. Le deuxième est un autel « jardin de fleurs », originaire de Chine du Sud : c’est le but du « voyage » de la chamane Sailan. Le troisième est un autel « de bord de route » dédié à Shiva (Bengale), relié à l’hindouisme. Leurs origines sont hybrides : le premier vient du Centre Tibétain Rabten Choeling de Mont-Pèlerin, en Suisse, et les deux autres de la collection d’art religieux de la Philipps-Universität (Marburg, Allemagne). Ils sont accompagnés de la présence sereine : les pieds d’une grâce infinie de la déesse Lakshmi (Inde), pierre sculptée provenant de la collection personnelle de Bérengère Primat, la fondatrice d’Opale.

L’art et la foi

L’art a toujours été un puissant moyen d’expression de la foi et de la quête de transcendance. Au XXe siècle, de rares artistes revendiquent une double appartenance à la religion et à l’avant-garde. Cette ambivalence leur vaut l’opprobre des doxas contemporaines. Le Japonais Kazuo Shiraga, moine bouddhiste fondateur du mouvement Gutaï dans les années cinquante, révolté par la guerre, étalait la couleur sur la toile avec ses pieds, puis se recueillait en prière devant un petit autel. Quant à l’ « autel » de Christian Boltanski, né d’un père juif et d’une mère catholique, ses photos floues évoquent Yad Vashem.

© Lumento

Avec la mondialisation, des artistes arrivent de sociétés exogènes, porteurs de cultures autochtones modifiées. Leur vision s’inscrit à l’opposé de l’art contemporain, qui se veut athée. « Ces artistes ne se réfèrent plus simplement à la modernité occidentale mais à leurs traditions et croyances, analyse Jean-Hubert Martin, ils produisent des artefacts porteurs de transcendantal. » En revanche, dans la culture aborigène, souligne le Bruxellois Georges Petitjean, avant le contact avec les colons, l’autel était absent. Pourtant, les peintures au sol cérémonielles vieilles de plusieurs millénaires sont des formes d’autel — les premiers autels antiques, notamment du judaïsme, n’étaient-ils pas de simples tumulus ?. C’est ce que montre la peinture sur écorce de Narritjin Maymuru, et son losange de sable funéraire, qui reçoit le corps.

Présence invisible

Autre corps à la présence vertigineuse, le Lembo-Nkuyo-Sarabanda, An Mpungu (Bras, Filou, Être de la Nature, ou autre Être sacré), du Cubain José Bedia représente la présence intangible d’un Mpungo afro-cubain (un être spirituel du Congo), ce que l’on appelle un Sarabanda à Cuba. La créature qui occupe un mur entier surgit puissamment d’un petit chaudron, censé abriter cette force spirituelle, une présence normalement invisible.
Quant à la Coréenne Kimsooja, elle décline la représentation (quasi universelle) du monde comme un cercle avec son jukebox (To Breathe : Mandala) qui diffuse une incantation mêlant chants grégorien, musulman et tibétain (exposée notamment chez Axel Vervoordt, à Wijnegem).

© Alex Prod

Un dernier autel (ironique) clôt l’exposition : l’Autel automobile (Corée) qui célèbre de la livraison… d’une voiture, avec sa tête de porc et ses bols de fruits.

www.fondationopale.ch

A la une